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« L’islam, comme les autres religions, doit accepter la critique »

Posté par Endy le 20 mai 2008

A PROPOS DE Mme NASREEN ET DU JOURNAL 20 MINUTES :

Taslima Nasreen (ou Nasrin) est une écrivain née en 1962 dans une famille musulmane de Mymensingh, au Bangladesh. Elle a d’abord été gynécologue avant de se consacrer définitivement à l’écriture. Son premier roman, Lajja (La Honte), publié en 1994, lui a valu une condamnation à mort par une fatwa qui l’a obligée à quitter son pays.
Taslima Nasreen fait campagne pour l’émancipation des femmes et contre l’oppression des minorités non-islamiques dans les sociétés islamiques telles que son pays d’origine, le Bangladesh
Mme Nasreen a plus d’une fois évoqué le fait que
« Les médias occidentaux et les intellectuels font preuve de lâcheté concernant l’islam et ses dogmes », il n’y a rien de plus vrai et la preuve en est avec cette interview parue dans le journal gratuit « 20 Minutes ». Oh bien sur c’est une toute petite chose comparé au fait que Mme Nasrenn ait pu s’exprimer librement mais quand même, voici :
Le journal papier « 20 minutes » a d’abord titré en première page avec une phrase de l’interview que j’ai moi-même employé : « L’islam, comme les autres religions, doit accepter la critique ». Quelle ne fut pas ma surprise de constater que le site du journal avait changé le titre : « 
Si je ne peux pas rentrer en Inde, je vais mourir » avec pour sous-titre : L’exil, cette « torture mentale » Le tout, perdu dans les infos quotidiennes (puisque les infos sont ajoutées sur le site au fur et à mesure qu’elles arrivent)
Encore une fois, c’est une toute petite chose. Il n’empêche : c’est un recul.

INTERVIEW DE TALISMA NASREEN

Pourquoi les autorités indiennes ont-elles décidé de vous enfermer, vous, et pas les islamistes qui vous menaçaient ?

Le gouvernement indien ne veut pas perdre de voix, même quand elles viennent de criminels. Les autorités n’ont rien fait contre eux, mais contre moi. Pour les satisfaire, c’est moi qu’ils ont arrêtée et placée en résidence surveillée. Or, émettre une fatwa contre quelqu’un est illégal en Inde. Pire, à Hyderâbâd, en septembre 2007, j’ai été physiquement attaquée par des islamistes. Mais personne n’a été inquiété par la justice.

Pourtant, en 1994, lorsque vous avez dû quitter le Bangladesh, l’Inde vous avait défendue…

Je suis une écrivain laïque. Quand j’ai été attaquée au Bangladesh, en 1994, beaucoup d’écrivains, d’hommes politiques, de partis politiques indiens ont pris position en ma faveur. Mais en 2008, quand la même chose est arrivée en Inde, personne, ou très peu, ne m’a défendue. Parce qu’au­jourd’hui, en Inde, la défense des minorités semble supplanter la défense de la laïcité. Or, c’est une erreur, le fondamentalisme reste du fondamentalisme même s’il provient d’une minorité opprimée, comme celle des musulmans en Inde. L’Inde, qui se veut une grande démocratie, devrait défendre des voix comme la mienne. Pour moi, les droits de l’homme ne sont pas compatibles avec les religions. L’islam, comme les autres religions, doit accepter la critique. On me considère comme un écrivain anti-islam, mais ce n’est pas le cas, je critique toutes les religions. Sauf que, pour l’instant, on ne peut pas critiquer l’islam.

D’autant plus quand on est une femme, comme vous l’écrivez dans votre livre ?

Oui, je crois que si j’avais été un homme, je n’aurais pas été forcée de quitter le Bangladesh, puis l’Inde. Parce que traditionnellement, en Inde, au Bangladesh et dans le sous-continent en général, les femmes sont calmes et douces et ne prennent pas la parole. Le fait que je le fasse, cela dérange tout le monde : les islamistes bien sûr, mais aussi les athées dont certains sont très misogynes, ou même les communistes, qui, en Inde, sont très attachés au schéma patriarcal.

Comment, dans un tel environnement, avez-vous pu devenir féministe ?

J’ai été élevée dans un milieu peu religieux, mais très conservateur. Assez rapidement, je me suis interrogée sur les raisons pour lesquelles je n’étais pas autorisée à faire les mêmes choses que les hommes. Sans rien lire, sur la base de mon expérience, j’en ai conclu que les femmes n’étaient pas traitées comme des êtres humains à part entière. Et j’ai commencé à me battre contre cela, seule. Mais dès que j’ai commencé à écrire, j’ai reçu beaucoup de soutien. J’ai reçu autant d’amour de mes lecteurs que de haine de mes détracteurs.

Vous réussissez à écrire en ce moment ?

Non, je suis trop déprimée. En 1994 aussi, quand j’ai été expulsée du Bangladesh, je n’ai pas pu écrire pendant des mois. Le cauchemar recommence. Cela me tue. Si je ne peux pas rentrer en Inde, je vais mourir. Le Bangladesh, l’Inde sont mon oxygène.

Recueilli par Armelle Le Goff pour 20 Minutes, éditions du 20/05/2008

LA RELIGION AU BANGLADESH :

La religion officiel est bien sur l’islam et regroupe 83% de la population essentiellement des Sunnites, ce qui en fait le troisième plus grand pays musulman après l’Indonésie et le Pakistan. La société musulmane est divisée en trois « classes » :
(1.) L’ Ashraf (La plus haute), (2.) L’Ajlaf (moyenne) et (3.) L’ Arzal (La plus basse).
Economiquement, le PNB par tête est un des plus bas du monde : 440 dollars en 2005 (Inde 620 dollars, Chine 1 290, France 30 100). 36 % de la population vit avec moins de 1 euro par jour.

 

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